Coups de cœur littéraires – Rentrée d’hiver 2014

Coups de cœur littéraires

RENTRÉE D’HIVER 2014

 

Plus rien que les vagues et le vent  –  Christine Montalbetti (Editions P.O.L.)

Un roman exigeant par son style et par son intrigue.

Un style déroutant au premier abord : des phrases longues, entrecoupées de parenthèses qui entraînent le lecteur vers une autre époque, une autre histoire, une description ou tout simplement une réflexion personnelle.

Une intrigue complexe : un narrateur français débarque dans un bar sur la côte pacifique qui n’est que pluie, vent et froid. C’est un personnage énigmatique et qui le reste jusqu’à la dernière page. Dans ce bar il y a le patron et trois hommes, étranges eux aussi, dont on apprend des bribes de vie tout au long du roman ; et puis il y a quelques autres personnages tout aussi inquiétants.

Ce roman vous laisse une impression de malaise mais vous prend dans ses filets.

A ne pas lire si vous aimez les contes de fées !

Extrait p. 232 :

« Tim, je me dis que je n’en ai peut-être pas suffisamment parlé, mais ce n’est pas vraiment le moment, ce soir-là où tout va changer d’un coup, ce soir qui est le soir où je veux en venir, depuis le début, ce qu’il faut que je raconte et que je repousse, aussi, que j’ai repoussé jusque là, parce qu’il fallait bien que je vous parle d’eux tous »

 

 

A l’origine notre père obscur   –   Kaoutar Harchi (Editions Actes Sud)

Un roman sur l’enfermement :

L’enfermement dans la « Maison des Femmes » d’une femme accusée injustement d’avoir trahie l’honneur d’une famille.

L’enfermement d’une enfant qui cherche l’amour de sa mère, qui cherche son père.

C’est un roman touchant, poignant, qui nous plonge dans un univers de souffrance, de dévoration, de compassion. Il faudra beaucoup de force à la narratrice pour se construire comme femme  et renaître à la lumière.

Extrait p. 164

« Mais ceux qui auront connu le Père et sa fille, dans leur cœur, sauront la beauté. La force. La grandeur de cette scène d’amour. »

 

 

Charlotte – David Foenkinos (Editions Gallimard)

Un roman déconcertant au premier abord : il est écrit en vers libres. On pense que l’ennui va nous gagner, et non, on est emporté par le rythme et on entre dans l’histoire de Charlotte et de sa famille marquée par un destin terrible : à chaque génération une femme se suicide .

Nous sommes à Berlin, dans une famille juive, les Nazis prennent peu à peu le pouvoir et il est difficile pour la petite Charlotte, puis pour la jeune fille Charlotte de se faire une place. Elle quitte son amour et part en France où elle va composer une œuvre picturale fascinante. Elle est rattrappée par l’Histoire et part vers Drancy à 26 ans.

David Foenkinos est tombé sous le charme de ce personnage et de son œuvre et nous fait partager sa quête.

 

 

Le Royaume  –  Emmanuel Carrére (Editions P.O.L.)

Après les cinquante premières pages d’un livre qui en fait 550, j’ai eu une première réaction : «  voici un NON-LIVRE », puis avançant dans ma lecture je me disais, mais un NON-LIVRE, cela ne veut rien dire … poursuivant encore, j’en étais de plus en plus convaincu, j’avais un NON-LIVRE dans les mains et j’ai fini mon livre jusqu’au bout sans fatigue.

Le sujet d’abord, pas modeste, une relecture du Nouveau Testament (Evangiles, Lettres et Actes des Apôtres) ; dans un monde où la culture religieuse a tendance à rejoindre la notoriété de la musique sérielle … on peut se demander qui va lire ce livre.

Mais c’est aussi et peut être surtout une autobiographie, une tranche de vie avec toutes les angoisses existentialistes que l’on peut avoir quand on murit un peu, disons 50-60 ans.

Mais c’est aussi un formidable travail savant d’un exégète connu du milieu qui dépoussière de sa gangue de 1500 ans d’ayatollahs chrétiens des textes, certes sacrés, mais textes quand même.

Mais c’est aussi un formidable travail d’historien qui synthétise ingénieusement beaucoup de recherches et de travaux actuels sur cette période.

Et on peut dire que ce NON-LIVRE se lit bien, il y a une histoire, il y a u sujet et Dieu sait quel sujet et quelque part une fin… la fin de Luc…

Il me semble cependant que pour l’apprécier vraiment, seule une bonne culture religieuse et/ou philosophique permet d’appréhender le propos sous-jacent au-delà de l’événementiel décrit au cours des pages ; c’est en cela qu’il reste une ambiguïté entre une bonne écriture et le déroulement d’une tranche de vie qui feront toujours vendre et le côté dérangeant, déstructurant d’un message messianique qui reste quelque part , ce qui en fait peut-être son intérêt.

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